Dans sa définition première, et médiévale, investir signifiait confier une tâche. Le seigneur laissait à l’investi le soin d’administrer un bien, une terre, une charge… On en attendait un rendement au moins conforme à celui qui avait été estimé, et les bénéfices étaient partagés.

Bien qu’il n’y ait aujourd’hui plus aucune subordination hiérarchique sociale, il existe tout de même des contraintes juridiques, qui inscrivent au moins le sentiment d’être redevable, sinon une obligation de résultat.

Les investisseurs de 2017, du moins ceux que je côtoie, s’ils ne sont pas seigneurs, sont devenus aventuriers.

Ils partent vers l’inconnu, guidés par une passion contagieuse. Ils s’acclimatent à des langues étranges, avec des termes aussi saugrenus que « cash flows », « BSPCE», « data mining » «blockchain» – prononcés avec la diligence qui leur est due en recherche de fonds. Et puis, il faut plonger dans les dossiers, des mondes de chiffres, aborder de nouveaux marchés. On rassemble les données comme on sort les cartes à la faveur d’une étape, on convoque les intéressés, et c’est parti pour le débat – qui promet d’être animé, car les caractères des aventuriers – qui ne sont pas nés de la dernière pluie –  ne sont pas faciles à composer ! Vient l’heure du choix : embarquer ou non pour un vol qui sera, au pire, plané, au mieux, fusée, si ce n’est sur le dos d’une licorne ?

Souvent dans ces aventures, le temps est compté, il en va parfois de la (sur)vie d’emplois ! Alors à toute allure et en bon copilote, on déleste un peu de poids, on négocie des virages serrés, on trouve des raccourcis, on cherche dans son carnet des adresses où faire escales, sans grande certitude de la latitude d’arrivée… mais une partie du plaisir, pour l’aventurier, ne réside-t-elle pas de toute façon dans la route faite en commun ?